
Le 19 janvier 2026
L’essentiel : En ce début d’année 2026, les pôles de l’accusation d’antisémitisme sont désormais inversés. Mais au-delà des joutes entre le RN et LFI, c’est l’héritage de Nicolas Sarkozy – et sa récente instrumentalisation de l’Affaire Dreyfus – qui révèle la fragilité de notre socle républicain.
Le grand basculement des étiquettes
Le paysage politique actuel est marqué par une inversion frappante. D’un côté, le Rassemblement national (RN) parachève la stratégie qu’il nomme « dédiabolisation » (j’interrogerai cette dénomination) en se présentant comme l’ultime rempart des Français de confession juive. De l’autre, La France insoumise (LFI) se retrouve clouée au pilori, accusée d’antisémitisme, fût-il d’atmosphère.
Pourtant, l’analyse factuelle, que je vais mener dans le développement qui suit en me basant sur de nombreuses références, impose une nuance nécessaire :
- Au RN : Une stratégie de « camouflage sémantique ». Si les discours changent, les racines idéologiques et les sorties de route de certains cadres rappellent que l’antisémitisme y reste un socle historique mal dissimulé.
- À LFI : Un « amateurisme de communication ». Les ambiguïtés réelles ou perçues sont systématiquement exploitées pour isoler la gauche, transformant des maladresses de vocabulaire en une infamie politique globale.
Pourquoi une telle confusion ? Pour tenter de comprendre comment les mots ont perdu leur sens, après avoir remis en perspective cette confusion, je propose de remonter à l’une des sources de cette « dérive des continents » politique : le style et l’héritage de Nicolas Sarkozy.
L’effet Sarkozy : L’art de la confusion
Si la droite et la gauche ne se reconnaissent plus, c’est entre autre parce que Nicolas Sarkozy a été l’un des premiers, dès 2007, à briser les boussoles. Notamment en tentant une synthèse impossible entre Jean Jaurès et Maurice Barrès, il a contribué à ouvrir l’ère du « storytelling » où l’émotion et l’image priment sur la cohérence idéologique.
Le sacrilège de la comparaison : Sarkozy contre Dreyfus
Le point culminant de cette dérive est atteint lorsque l’ancien président, acculé par ses dossiers judiciaires, ose comparer son sort à celui d’Alfred Dreyfus1Nicolas Sarkozy (2025). « Le Journal d’un prisonnier », Fayard..
Pour mesurer ce que je me permets de qualifier, pour reprendre le vocabulaire de l’ancien président, d’« indignité »2INA (16 octobre 2020). « « Quelle indignité » : Nicolas Sarkozy s’en prend à David Pujadas et Ziad Takieddine dans l’affaire du financement de sa campagne ». Disponible en ligne., il suffit de confronter les faits :
| Alfred Dreyfus (1894) | Nicolas Sarkozy (2025) | |
| Nature de l’affaire | Machination d’État antisémite. | Procédures de droit commun (financement, corruption). |
| Preuves | Falsifications délibérées (le « bordereau »). | Enquêtes indépendantes et témoignages multiples. |
| Enjeu | La survie de la justice face à l’armée. | La responsabilité d’un homme face à la loi. |
L’indignité n’est pas dans la mise en examen, elle est d’abord dans le fait que les agissements de Nicolas Sarkozy ont justifiés les mises en examen3Voir par exemple : Les Décodeurs (26 novembre 2025). « Où en sont les affaires concernant Nicolas Sarkozy ? », Le Monde. Disponible en ligne., mais également dans le blasphème historique. En s’appropriant la figure de Dreyfus – martyr de la République et de l’antisémitisme réel – pour se défendre contre des juges, Nicolas Sarkozy ne fait pas que se victimiser : il détruit les repères moraux qui permettaient de nommer les choses.
Première partie : la place de l’antisémitisme dans le débat français
L’analyse que je vous propose repose sur de nombreux éléments et demande donc un développement assez long. Pour plus de fluidité et afin d’éviter de noyer mon propos, je l’ai séparée en deux parties. Dans cette première partie, je dois revenir sur la question de l’antisémitisme dans le débat politique français. Je vais le faire avec de nombreux éléments factuels et en rappelant l’état de la législation française. La deuxième partie sera consacrée à l’évolution du débat politique français, en quoi ce que je présente dans cette première partie est significatif, ainsi que les pistes que je vois pour contribuer à corriger les problèmes que je vais relever.
Le contexte en 2025 : un état de l’antisémitisme dans les partis politiques français
Pour que le fond de l’analyse que je vous propose soit plus explicite, il importe tout d’abord de faire un état de la prégnance de l’antisémitisme dans le paysage politique français au moment de la publication de cet article. Lorsque je publie ces lignes, La France insoumise (LFI) est désormais la première formation politique qui subit l’accusation d’antisémitisme4Voir par exemple : Philippe Marlière (14 mars 2025). « LFI et l’accusation d’antisémitisme : un faisceau d’indices accablants », Le Nouvel Obs. Disponible en ligne., tandis que le Rassemblement national (RN) prétend être « un bouclier pour protéger les Français de confession juive »5Voir par exemple : Anthony Berthelier (26 mars 2025). « Le Front national n’était « pas un parti antisémite », juge Sébastien Chenu, malgré l’évidence », Huffpost. Disponible en ligne.. Avant d’entrer dans le détail de mon analyse, il me semble important de commencer par documenter cette question.
Le cas du RN : un antisémitisme toujours structurant
Devant la profusion d’éléments, pour ne pas trop disperser le propos, je me suis contenté des éléments attestant d’un antisémitisme présent au sein même du RN, à l’exclusion de toute autre forme de racisme – qui ne sont en elles-mêmes pas moins problématiques, mais ne figurent pas au cœur de l’argumentation du présent article – et uniquement les exemples qui ont émergé sur la période 2024-2025. On le verra, même en se restreignant autant, les exemples ne manquent malheureusement pas. Qu’on me pardonne cette énumération, mais elle est nécessaire pour bien remettre les choses en perspectives.
Les élections législatives de 2024 : un rappel
Au cours des élections législatives anticipées de 2024, il a notamment été rappelé que Joseph Martin, candidat dans la première circonscription du Morbihan (Bretagne) pour le RN6Voir par exemple : Ouest-France (13 juin 2024). « Législatives 2024. Joseph Martin, candidat RN dans la 1re circonscription ». Disponible en ligne., avait écrit sur X (ex-Twitter) en 2018 : « Le gaz a rendu justice aux victimes de la Shoah »7Voir par exemple : Le Parisien et AFP (19 juin 2024). « Législatives : le RN retire l’investiture à un de ses candidats après un tweet antisémite ». Disponible en ligne.. Le RN a retiré son soutien à Joseph Martin le 19 juin 20248Voir par exemple : Ouest-France (19 juin 2024). « Législatives : dans le Morbihan, le RN retire son soutien à Joseph Martin après un tweet antisémite ». Disponible en ligne., pour le réhabiliter le 22 juin 20249Voir par exemple : Julie Schittly (22 juin 2024). « Législatives : Le Rassemblement national réhabilite son candidat morbihannais taxé d’antisémitisme », Ouest-France. Disponible en ligne..
Toujours pendant les élections législatives anticipées de 2024, plusieurs candidats du RN ont été épinglés notamment pour des déclarations antisémites, en plus d’autres profils hautement problématiques10Voir par exemple : Sébastian Seibt (3 juillet 2024). « Prise d’otage, curatelle et propos racistes : les encombrants candidats RN aux législatives », France 24. Disponible en ligne.. Citons donc Ludivine Daoudi, candidate dans le Calvados (Normandie), contrainte de se retirer du second tour après la publication d’une photo la présentant coiffée d’une casquette de sous-officier nazi de la Luftwaffe avec une croix gammée dessus. Citons également Louis-Joseph Pecher, candidat de l’alliance entre le RN et Éric Ciotti, qui a multiplié sur X les messages antisémites, racistes, sexistes et homophobes11Voir par exemple : Arthur Weil-Rabaud (19 juin 2024). « « Juif qui parle, bouche qui ment » : Louis-Joseph Pecher, le candidat antisémite de Ciotti et du RN », Streetpress. Disponible en ligne.. Citons encore le fait que les élections législatives anticipées de 2024 ont été l’occasion de rappeler que le député RN Frédéric Boccaletti a tenu à Toulon une librairie antisémite12Voir par exemple : Simon Fontvieille (4 juillet 2024). « Frédéric Boccaletti, ce député sortant RN qui vendait des livres antisémites dans les années 90 », Libération. Disponible en ligne.. Il y en a d’autres, mais citons enfin Paule Veyre de Soras, candidate pour le RN dans la première circonscription de Mayenne (Pays de la Loire), qui a déclaré : « J’ai comme opthalmo un juif et comme dentiste un musulman »13Voir par exemple : La Montagne (2 juillet 2024). « “J’ai comme ophtalmo un juif et comme dentiste un musulman” : une candidate RN répond à des accusations de racisme ». Disponible en ligne..
De nombreux autres éléments
Au-delà des candidats aux élections législatives, d’autres informations sont venues mettre en avant la prégnance encore forte de l’antisémitisme au sein du RN. Ainsi, en juin 2025, le média en ligne Les Jours14Pierre Bafoil (2 juin 2025). « Dans un groupe Facebook, de l’antisémitisme, du racisme… et neuf députés RN », Les Jours. Disponible en ligne. a révélé l’existence de boucles Facebook, certes privées, mais au demeurant officielles15Pierre Bafoil (12 juin 2025). « Racisme débridé et députés RN : bienvenue dans le groupe Facebook officiel « Jordan Bardella » », Les Jours. Disponible en ligne. et auxquelles non seulement appartenaient 15 députés du RN16Voir par exemple : Bastien Lœuillot (12 décembre 2025). « « Brebis galeuses » : Quinze députés RN épinglés pour leur appartenance à un groupe Facebook raciste, la justice saisie après une enquête des « Jours » ». Libération. Disponible en ligne., mais de plus certains en étaient les administrateurs17Voir par exemple : Pierrick Bonno (16 juin 2025). « La direction du groupe RN à l’Assemblée nationale demande aux députés de quitter des groupes Facebook épinglés pour racisme », France Info. Disponible en ligne.. Dans ces boucles, entre autres, on pouvait lire des propos tels que : « Il nous manque un mec à petite moustache. Tout serait fini très vite. Désolé, j’ai oublié son nom »18Voir par exemple : AFP (17 juin 2025). « Le RN a demandé à ses députés de quitter tous les groupes Facebook relayant des propos racistes », France 24. Disponible en ligne..
Par ailleurs, on peut assez facilement retracer l’enracinement de l’antisémitisme au sein des plus hautes instances du RN. Par exemple, il a été récemment révélé que le directeur de cabinet de Jordan Bardella, l’actuel président du parti, a été membre de l’association politique antisémite Égalité et réconciliation, notamment fondée par Alain Soral19Alexandre Berteau, Youmni Kezzouf et Antton Rouget (13 décembre 2025). « Dans les arrière-cuisines d’Alain Soral : des bataillons de négationnistes et le directeur de cabinet de Bardella », Mediapart. Disponible en ligne.. C’est également en 2025 que les publications, sur Facebook, entre autres pétainistes de la députée du RN Caroline Parmentier ont refait surface, rappelant le fond idéologique d’où elle vient20Voir par exemple : France info avec ICI Nord (18 juin 2025). « La députée RN Caroline Parmentier épinglée pour ses propos racistes, homophobes et pétainistes sur Facebook ». Disponible en ligne..
De plus, on constate que les prestataires auxquels fait appel le RN sont souvent issus du syndicat étudiant d’extrême droite Groupe union défense (GUD)21Alexandre Berteau, Marine Turchi, Antton Rouget et Youmni Kezzouf (2 décembre 2025). « L’éternel retour de la « GUD connection » dans les affaires du RN », Mediapart. Disponible en ligne., lequel a notamment plusieurs fois promu des slogans antisémites et est réputé pour sa violence22Voir par exemple : Jeanne Durieux (26 juin 2024). « Qu’est-ce que le GUD, ce groupuscule d’ultradroite dissous par le gouvernement ? », Le Figaro. Disponible en ligne..
Les informations dont nous disposons indiquent clairement que tout ceci ne constitue en rien une page que le RN tenterait de tourner. Au contraire, il ressort qu’il s’agit d’éléments structurants de son système politique. Si on prend les élections municipales de 2026, par exemple, on constate que le parti a investi des candidats ayant un passif de déclarations antisémites et plus généralement racistes. Par exemple, Quentin Macullo, tête de liste pour le RN à Belfort (Bourgogne-France-Comté), avait publié sur X un message affirmant : « 72 % de prénoms à consonances étrangères dans le dernier recensement. […] Et je n’ai même pas comptabilisé Élie et Samuel, d’origine hébraïque. »23Voir par exemple : Léa Gousset (17 décembre 2025). « Un candidat RN aux municipales 2026 à Belfort épinglé pour des propos racistes et homophobes », France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Disponible en ligne.
Un détournement de l’attention
Comme indiqué, pour les besoins du présent article, je me suis limité à la seule expression d’un antisémitisme, mais comme les sources citées l’indiquent, ces déclarations sont bien souvent accompagnées de racisme, de sexisme24Voir par exemple le dossier « Rassemblement national : les faux-semblants de la dédiabolisation », disponible en ligne chez Mediapart., d’homophobie25Voir par exemple : Nicolas Scheffer (11 juin 2025). « Le RN, allié des homos ? Une propagande démentie par les faits », Têtu. Disponible en ligne. et autres, attestant d’une vision intrinsèquement inégalitaire de la société, basée sur la discrimination, ce qui est confirmé par l’analyse de son programme26Voir par exemple : Mediapart (18 juin 2024). « Émission spéciale. Si le RN accède au pouvoir… », Youtube. Disponible en ligne.. Il ressort d’ailleurs que les candidats que Jordan Bardella avait qualifiés de « brebis galeuses »27Voir par exemple : Thibaut Le Gal (7 juillet 2005). « RN : Jordan Bardella a-t-il vraiment chassé les « brebis galeuses » du parti, un an après l’échec des législatives ? », 20 Minutes. Disponible en ligne. font toujours partie des candidats investis pour les élections municipales de 202628Voir par exemple : Romain Herreros (16 décembre 2025). « Aux municipales 2026, le RN a toujours du mal à se séparer des « brebis galeuses » », Huffpost. Disponible en ligne..
Plus encore, la stratégie dite de « dédiabolisation », en réalité de banalisation29Voir par exemple : Clément Viktorovitch (3 décembre 2025). « Bardella : comment un œuf nous révèle la banalisation du RN », Youtube. Disponible en ligne., n’est qu’une façade peu solide. Par exemple, le député RN Julien Odoul s’est révélé très agressif dans les médias30Voir par exemple : V.G. (premier avril 2025). « “Vous, fermez-la”, “vous n’êtes personne” : violent échange entre le député RN Julien Odoul et un avocat sur un plateau de télévision », La Dépêche. Disponible en ligne., tandis que sur les bancs de l’Assemblée nationale, des députés du RN tel que le porte-parole du parti, Laurent Jacobelli, usent de l’invective et de l’insulte comme système d’expression31Youmni Kezzouf (10 novembre 2025). « « Collabo ! », « Folle ! », « Va manger des graines ! » : un an d’invectives du député RN Laurent Jacobelli à l’Assemblée », Mediapart. Disponible en ligne.. Tout indique qu’en réalité, le RN est encore le parti d’extrême-droite qu’il a toujours été. Également, les alliés de ce parti ne sont pas en reste. Ainsi, par exemple, il a été révélé récemment que le député Union des Droites pour la République (UDR, fondé par Éric Ciotti) Gérault Verny entretenait anonymement un compte X dans lequel il réalisait des publications racistes et sexistes32Voir par exemple : Jade Toussay (6 décembre 2025). « Gérault Verny, député ciottiste, épinglé par Mediapart pour ce compte caché raciste et sexiste », Huffpost. Disponible en ligne..
C’est bien cette accumulation qui indique qu’il ne s’agit pas simplement de déclarations maladroites des uns et des autres, mais bien d’un fond idéologique. J’arrête ici l’énumération. Même en me limitant à la seule période 2024-2025, il y a eu beaucoup d’éléments et je sais que, malheureusement, j’en ai oublié une bonne partie : j’espère que les victimes ne m’en voudront pas trop, il ne s’agit pas pour moi de faire une hiérarchie. C’est parce qu’il y en a trop que je ne peux pas tous les passer en revue.
Le cas de LFI : un manque d’élément concret
Au contraire du RN, j’ai essayé de passer en revue l’intégralité des faits concrets qui attesteraient d’une doctrine antisémite au sein de ce parti. J’espère n’en avoir oublié aucun, mais n’hésitez pas à m’en signaler le cas échéant.
Une minimisation problématique
Le cas le plus grave que j’ai pu documenter remonte au 2 juin 2024, lorsque Jean-Luc Mélenchon, fondateur de LFI, a écrit dans une note de blog que « l’antisémitisme reste résiduel en France »33Voir par exemple : France Info avec AFP (2 juin 2024). « Jean-Luc Mélenchon estime que “l’antisémitisme reste résiduel en France” ». Disponible en ligne.. C’est de toute façon une minimisation problématique. Elle est d’autant plus grave qu’à l’époque on notait au contraire une très forte augmentation, souvent qualifiée d’explosion, des actes antisémites en France, passant de 436 recensés en 2022 à 1 676 en 202334Vie publique (5 mai 2025). « Montée de l’antisémitisme en France : une situation “alarmante” ». Disponible en ligne., une montée plus forte que l’augmentation de 11 % en moyenne des crimes et délits racistes, xénophobes ou antireligieux, ce qui est déjà en soi très inquiétant35Vie publique (14 mars 2025). « Crimes et délits racistes, xénophobes ou antireligieux : en hausse de 11 % en 2024 ». Disponible en ligne.. Au demeurant, constatons que Jean-Luc Mélenchon n’associe pas de caractéristique, qu’elle soit positive ou négative, supposée consubstantielle au fait d’être de confession juive, en conséquence, il n’y a pas d’essentialisation. Cette minimisation n’est donc pas en elle-même antisémite. Au demeurant, elle peut être l’expression du propre antisémitisme de son auteur, ou bien sa tendance à faire une hiérarchie dans les formes de xénophobies, mais ceci doit être attesté par d’autres éléments factuels. Notons donc que Jean-Luc Mélenchon a depuis reconnu « une montée de l’antisémitisme » en France36Voir par exemple : AFP (26 août 2025). « Mélenchon reconnaît “une montée de l’antisémitisme” en France », France 24. Disponible en ligne..
La représentation de Cyril Hanouna
Un autre cas marquant est celui d’une affiche publiée en mars 2025 par LFI pour appeler à une mobilisation, qui utilisait une image générée par Grok et représentant Cyril Hanouna à la manière dont les affiches de propagande nazies représentaient les juifs37Voir par exemple : Emilio Meslet (13 mars 2025). « La France insoumise s’explique après le retrait d’un visuel jugé antisémite », L’Humanité. Disponible en ligne.. L’affiche a été rapidement retirée, mais ça a été une occasion de relancer les accusations d’antisémitisme. Notons que LFI a été condamnée dans cette affaire pour atteinte du droit à l’image38Voir par exemple : France Info avec AFP (21 mars 2025). « Affiche visant Cyril Hanouna : La France insoumise condamnée pour atteinte au “droit à l'image”». Disponible en ligne., mais pas pour antisémitisme. Rappelons qu’en droit français, l’antisémitisme est un délit (article R625-7 du code pénal).
Au demeurant, il est tout de même peu probable que les membres de LFI en charge de réaliser ces affiches ont explicitement demandé à Grok de produire une image rappelant la propagande antisémite. L’explication donnée semble plus probable : c’est ce qu’ils ont obtenu en demandant une image représentant Cyril Hanouna fâché. Une intelligence artificielle générative fonctionne en intégrant un très grand nombre d’images dans son entraînement39Voir par exemple : Cole Stryker et Mark Scapicchio. « Qu’est-ce que l’IA générative ? », IBM. Disponible en ligne.. Que ce soit le premier résultat qui sorte lorsqu’on demande une image représentant Cyril Hanouna fâché est donc surtout significatif du fond d’antisémitisme que l’on peut retrouver dans les données utilisées, c’est-à-dire le fond d’antisémitisme de notre société40Voir par exemple : James Holdsworth. « Qu’est-ce que le biais de l’IA ? », IBM. Disponible en ligne.. Également, notons que les éléments attestant de l’antisémitisme d’Elon Musk, le propriétaire de Grok41Voir par exemple : Rebecca Picciotto (5 novembre 2023). « Elon Musk debuts ‘Grok’ AI bot to rival ChatGPT », CNBC. Disponible en ligne., sont nombreux42Voir par exemple : Clément Viktorovitch (24 janvier 2025). « Elon Musk : derrière le geste, des années à cajoler les fascistes», Youtube. Disponible en ligne. et qu’il est documenté que ce dernier a plusieurs fois demandé que des modifications soient réalisées sur Grok afin que ce système réponde aux biais de son propriétaire43Voir par exemple : Emma Ramont (8 juillet 2025). « Elon Musk a mis à jour Grok pour que l’IA lui ressemble, et c’est plus terrifiant que jamais », Huffpost. Disponible en ligne..
Par ailleurs, notons que la décision de LFI d’user d’une intelligence artificielle pour générer des images plutôt que de recruter un graphiste entre en contradiction avec les convictions écologiques affichées par ce mouvement44Voir par exemple : Frédéric Bordage (15 août 2024). « Quels sont les impacts environnementaux de l’IA ? », Green IT. Disponible en ligne., ainsi qu’en ce qui concerne l’impact sur la société45Voir par exemple : Maxance (23 février 2025). « L’impact de l’intelligence artificielle sur la société », Micropole Institut. Disponible en ligne.. Également, que les instances de LFI laissent passer la publication d’une telle image alors qu’elles se savent l’objet d’attaques, fondées ou non, en antisémitisme est révélateur d’une forme d’amateurisme dans leur communication. Au demeurant, cette affaire est insuffisante pour démontrer un antisémitisme structurel au sein du parti.
Le cas d’Yves Boutellier
Yves Boutellier était la tête de liste pour LFI à Romilly-sur-Seine dans l’Aube pour les élections municipales de 202646Voir par exemple : Eléonore Pointeau (10 janvier 2026). « Antisémitisme : LFI exclut une de ses têtes de liste pour les municipales », Le Point. Disponible en ligne.. Suite à la révélation de plusieurs messages à caractère antisémite qu’il avait publié sur Facebook, le Comité électoral de LFI a décidé de lui retirer son investiture. Notons que le concernant, il n’a pas été décidé de le réhabiliter trois jours plus tard. Comme nous le verrons plus bas, l’antisémitisme traverse malheureusement toute la société. Toutefois, retirer l’investiture d’un individu ayant publié des messages antisémites pour ne pas réintégrer entre en contradiction avec l’idée que l’antisémitisme serait structurant chez LFI.
Condamner le Hamas
Autre élément relevé, le communiqué du parti à l’occasion de l’attaque du Hamas contre Israël d’octobre 2023. Celui-ci indiquait : « L’offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas […] »47Le communiqué est toujours disponible en ligne., qualifiant donc le Hamas de force armée d’état, c’est-à-dire considérant de fait cette organisation comme une armée régulière plutôt que comme une organisation terroriste. Le fond de l’argument étant que s’il s’agit d’une offensive armée d’un état, alors les actes du Hamas forment un crime de guerre relevant de la cour pénale internationale48Amnesty international a réalisé une très bonne présentation du sujet. plutôt que d’actes terroristes relevant d’une juridiction nationale49Voir par exemple : Jacques Pezet (10 octobre 2023). « Peut-on qualifier les actes commis par le Hamas de « crimes de guerre » ? », Libération. Disponible en ligne.. On peut ne pas être convaincu par l’argument juridique, mais ce dernier s’entend. Rappelons que la notion de crime de guerre a été introduite dans le droit international afin de punir les crimes réalisés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. En conséquence, prétendre que qualifier ainsi les actes du Hamas serait une minimisation revient, de fait, à minimiser en creux tous les crimes de guerre, à commencer, justement, par ceux des nazis… Par ailleurs, notons que LFI a changé sa communication en adoptant la qualification d’actes terroristes un an plus tard, s’alignant donc sur la communication majoritaire en France50Voir par exemple : Clara Gisset (8 octobre 2024). « Un « massacre », un « acte terroriste » : LFI rend (enfin) hommage aux victimes du Hamas », Le JDD. Disponible en ligne..
Tout de même, il y a clairement une erreur de communication dans cette publication : il aurait fallu expliciter la position, d’autant que cette explication était simple à réaliser. En effet, il suffisait d’ajouter : « il s’agit donc de crimes de guerre qui relèvent de la Cour pénale internationale ». Encore une fois, cela indique une forme d’amateurisme dans la communication du mouvement.
Toujours est-il que cet épisode a été une nouvelle occasion de dénonciation de l’ambiguïté supposée de LFI, notamment de la part du gouvernement51Voir par exemple : France info et AFP (8 octobre 2023). « Attaque du Hamas contre Israël : la position de La France insoumise crée la polémique, Elisabeth Borne dénonce des “ambiguïtés révoltantes” ». Disponible en ligne.. La dénonciation de l’antisémitisme supposé de LFI de la part des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron est une composante importante sur laquelle nous reviendrons plus bas.
Présenté ainsi, on peut se demander quel est le lien entre une question de droit international et un éventuel antisémitisme. Tout d’abord, il faut indiquer que certains, dont les plus médiatiques en France sont Alain Soral et Dieudonné, tentent de cacher sous le qualificatif « antisionisme » leur antisémitisme avéré52Voir par exemple : Jean-Paul Gautier (23 janvier 2014). « Dieudonné est l’héritier de deux antisémitismes, et cache cet antisémitisme derrière un antisionisme », Solidarités. Disponible en ligne., entretenant une confusion délétère. Les deux individus cités ont d’ailleurs tous deux été condamnés53Voir par exemple : Le Monde avec AFP (27 novembre 2019). « Dieudonné condamné à 9 000 euros d’amende pour antisémitisme ». Disponible en ligne. pour antisémitisme54Voir par exemple : Claude Beda (11 septembre 2025). « Loin de son refuge suisse, Alain Soral prend 1 an ferme », 24 Heures. Disponible en ligne..
Pour remettre un peu de clarté, donnons la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance international pour la mémoire de l’Holocauste, officiellement endossée par la France en 2019 :
« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »
Par ailleurs, rappelons que l’« antisionisme » consiste à contester la légitimité de l’existence de l’état d’Israël, lequel est officiellement reconnu par 159 des 192 États membres des Nations unies (ONU).
Factuellement, le communiqué de LFI ne conteste pas l’existence de l’état d’Israël, ni non plus n’associe de caractéristique supposée consubstantielle au fait d’être de confession juive, il ne caractérise donc ni l’antisionisme, ni l’antisémitisme du parti. L’ambiguïté dénoncée part du principe que LFI serait antisioniste, voire antisémite, et que le communiqué serait l’expression occulte de cet antisionisme, mais le communiqué ne donne pas d’élément factuel l’attestant. Ce qui est factuel, en revanche, c’est que LFI est critique des actions d’Israël, mais une telle critique n’implique mécaniquement ni antisionisme, ni antisémitisme. Par ailleurs, l’ONU a pris de nombreuses résolutions condamnant les manquements d’Israël : en l’espèce, la position de LFI est plutôt alignée avec les instances et le droit international.
Rima Hassan et le Crif
Un autre élément censé démontrer l’antisémitisme au sein de LFI est le fait que Rima Hassan a déclaré que le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) avait demandé l’annulation d’une conférence qu’elle devait donner en décembre 2024, ce qui serait la preuve qu’elle adhère au cliché antisémite des juifs puissants exerçant un pouvoir dans l’ombre. Notons que les éléments dont nous disposons indiquent que, factuellement, le Crif et l’Union nationale inter-universitaire (UNI) ont effectivement demandé l’interdiction de la conférence55Voir par exemple : Antoine Belhassen et Fleur De Bœr (14 décembre 2024). « “Un droit à la liberté de réunion et d’expression” : la conférence de Rima Hassan a pu se tenir à Grenoble, malgré les demandes d’interdiction », France 3. Disponible en ligne..
Tout d’abord, il me semble important de rappeler que toute association, confessionnelle ou non, y compris le Crif, peut légitimement exprimer ses préoccupations et, si les autorités considèrent que ces préoccupations sont légitimes, c’est un fonctionnement démocratique sain que lesdites autorités prennent des mesures adaptées. Ce qui est d’ailleurs inquiétant aujourd’hui en France, ça n’est pas que des associations s’expriment, mais bien les attaques de l’état contre les associations56Voir par exemple : Antonio Delfini et Julien Talpin (2025). « L’État contre les associations », éditions Textuel.. En conséquence, déclarer, d’autant plus quand les éléments factuels en attestent, que le Crif a demandé l’annulation d’une conférence ne présuppose en aucune manière un pouvoir spécifique de cette association et donc n’associe aucune caractéristique fantasmée au fait d’être de confession juive.
Par ailleurs, si, effectivement, j’ai pu retrouver l’expression de nombreux soupçons d’antisémitisme concernant Rima Hassan, je n’ai pas pu trouver d’élément factuel en attestant. Citons par exemple le passage de Raphaël Enthoven sur BFMTV le 12 mai 2024 où il déclare que Rima Hassan reprendrait la rhétorique du Hamas sans citer d’élément concret, alors même que le journaliste l’incite à étayer son propos, que la qualification de « génocide » pour les évènements à Gaza serait en soi problématique, en dépit du fait que c’est la dénomination utilisée par plusieurs instances internationales, par exemple une commission d’enquête de l’ONU, un comité spécial des Nations unies et Amnesty international, et où il déclare qu’il faut interroger les origines de Rima Hassan. Mon hypothèse la plus forte à ce niveau est que Rima Hassan est soupçonnée d’antisémitisme du fait qu’elle est d’origine palestinienne et que ceci serait en soi une raison légitime de la soupçonner. Si tel est bien le cas, il s’agit donc de la ramener à ses origines, c’est-à-dire l’essentialiser, ainsi que de considérer que lesdites origines impliquent consubstantiellement une adhésion à des fantasmes.
Le cas des dragons célestes
Le dernier élément factuel que j’ai pu trouver, ce sont les accusations d’antisémitisme envers David Guiraud pour avoir publié sur X une image issue de la série d’animation One Piece, faisant référence aux « dragons célestes »57Voir par exemple : France Info (3 janvier 2024). « Que sont les “dragons célestes”, qui valent au député LFI David Guiraud d’être accusé d’antisémitisme ? ». Disponible en ligne..
Dans la mesure où rien n’atteste que One Piece serait une œuvre antisémite, on peut être surpris de cette accusation. Il se trouve que, dans cette œuvre, les dragons célestes sont des créatures puissantes, dotés de grandes richesses et d’un pouvoir occulte sur le Monde. Des individus adhérant au cliché antisémite des juifs puissants, dotés de grandes richesses et qui manipulerait le Monde, ont donc détourné cette image pour pouvoir échanger leurs propos clairement antisémites tout en évitant les condamnations légitimes de tels propos : c’est le principe du dog whistle. Le propre d’un dog whistle étant d’être indécelable pour ceux qui n’ont pas le code, la présence d’un élément qui est utilisé par certains comme un dog whistle n’est pas suffisant pour démontrer l’adhésion à ce que sous-entend ce dog whistle. Pour faire cette démonstration, il faut un faisceau d’éléments concordants.
David Guiraud a-t-il lui-même utilisé l’image des dragons célestes dans le sens de ce dog whistle ? Ses nombreuses publications sur X concernant One Piece attestent qu’il en est un lecteur attentif et indiquent également non seulement qu’il ne connaissait pas l’usage détourné des dragons célestes, mais également qu’il rejette cet usage. Par ailleurs, constatant l’émoi, il a rapidement retiré le message qui a suscité la polémique. Pour considérer que le message incriminé atteste de son antisémitisme, il faut d’abord considérer qu’il est antisémite, l’argument est donc circulaire.
Des accusations volontairement vagues
On peut également trouver d’autres accusations, mais qui ne sont pas fondées sur des éléments concrets. Par exemple lorsque Jordan Bardella a pris le prétexte d’une agression antisémite pour dénoncer un antisémitisme d’atmosphère que LFI entretiendrait58Voir par exemple : Baptiste Farge (24 mars 2025). « “Un antisémitisme d’atmosphère” : Bardella dénonce un “péril de l’extrême gauche” après l’agression du rabbin d’Orléans », BFMTV. Disponible en ligne.. Cette accusation a l’avantage d’être suffisamment vague pour être impossible à démontrer, permettant de s’affranchir de toute rigueur quant à étayer cette accusation. Ainsi, à peu de frais, le dirigeant d’une organisation politique, pour laquelle nous avons vu en première partie que de nombreux éléments factuels attestent que l’antisémitisme est un élément structurant en son sein, détourne l’attention vers un autre parti.
Un décalage entre les éléments factuels et la présentation médiatique
D’après le rapport 2024 de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (Cncdh), adopté le 27 mars 2025, les préjugés racistes et antisémites sont malheureusement répandus dans toute la société française. On note toutefois que les sympathisants de droite et d’extrême-droite sont systématiquement moins fermes dans leur condamnation du racisme. Ainsi, le rapport permet d’établir la synthèse suivante concernant l’adhésion aux clichés antisémites suivants :
| Cliché antisémite | Sympathisants du RN | Moyenne des Français |
| Les juifs ont trop de pouvoir | 34 % | 19 % |
| Les juifs ont un rapport particulier à l’argent | 51 % | 36 % |
| Les juifs sont plus attachés à Israël qu’à la France | 52 % | 42 % |
| Les juifs utilisent la Shoah pour défendre leurs intérêts | 44 % | 36 % |
Par ailleurs, selon les travaux de Félicien Faury59Félicien Faury (2024). « Des Électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême-droite », Seuil., on retrouve chez les électeurs du RN une tendance à se résigner à une forme de relégation sociale, dans la mesure où il y a la promesse qu’il existera toujours une catégorie d’individus qui seront encore plus exclus, ceci sur une base raciale ou d’appartenance religieuse. En définitive, les analyses de sociologie politique indiquent clairement une tendance générale à une surreprésentation des clichés racistes et antisémites au sein de l’électorat du RN.
Il apparaît donc un décalage entre ce qu’indiquent les éléments factuels et la représentation médiatique, dans la mesure où l’antisémitisme apparaît clairement comme structurant d’abord au sein du RN, mais c’est pourtant LFI qui est mis en accusation. Une partie de ce décalage vient probablement de la proximité entre le groupe Bolloré et le RN60Voir par exemple : Clément Guillou (12 décembre 2025). « Les liens se resserrent entre le RN et la galaxie Bolloré, de l’Assemblée nationale à la villa Montmorency », Le Monde. Disponible en ligne., dont les médias font preuve d’une complaisance à l’endroit du RN, laquelle complaisance tend à diffuser dans les autres médias : ainsi Jordan Bardella a été très relayé lorsqu’il a sur-dramatisé l’épisode dans lequel il a reçu un œuf sur la tête, alors que lui-même n’avait pas hésité à ironiser lorsque Emmanuel Macron a vécu des faits semblables61Voir par exemple : Vanessa Abadie (3 décembre 2025). « “Quoi de n-œuf ?” : quand Jordan Bardella ironisait à propos d’un jet d’œuf sur Emmanuel Macron », La Dépêche. Disponible en ligne., tandis que le fait que Manuel Bompard, actuel coordinateur de LFI, a été récemment la cible d’un colis piégé n’a été que très peu relayé62Voir par exemple : Éloïse Bussy (6 octobre 2025). « Colis piégé : le député Manuel Bompard a été visé par une attaque, l’envoi devait arriver à l’Assemblée nationale », France 3 Provence-Alpes-Côtes d’Azur. Disponible en ligne..
Il faut également relever les discours des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, qui ont très régulièrement usé d’une rhétorique d’accusation envers LFI63Voir par exemple : Clément Viktorovitch (21 décembre 2025). « 5 ARGUMENTS contre le RN pour RETOURNER les dîners de famille », Youtube. Disponible en ligne., pour entretenir une idée que « les extrêmes se rejoignent » – Johann Chapoutot, par exemple, nous rappelle d’ailleurs que cette rhétorique a historiquement déjà été utilisée par l’extrême-centre dans les années 1920-1930 pour disqualifier la gauche et justifier son alliance avec l’extrême-droite, afin de se maintenir au pouvoir en dépit de ses revers électoraux64Johann Chapoutot (2025). « Les Irresponsables », éditions Gallimard.. Notons donc, au passage, que de nombreux éléments65Voir par exemple : Jean-François Bayart (8 mai 2023). « Où va la France ? », Le Temps. Disponible en ligne., tant dans les discours66Voir par exemple : Clément Viktorovitch (2025). « Logocratie », Seuil. que dans les actes67Voir par exemple : Jean-François Bayart (premier juillet 2023). « On sait mieux où va la France », Le Temps. Disponible en ligne., attestent que les divers gouvernements d’Emmanuel Macron ont suivi une dérive extrême-centriste.
Le Printemps républicain – mouvement qui pense que l’électorat prolétaire est voué à basculer à l’extrême droite68Voir par exemple : Hugo Boursier et Pierre Jequier-Zalc (11 septembre 2024). « Le Printemps républicain et ses alliés, ceux qui ont fait le lit de l’extrême droite », Politis. Disponible en ligne., alors même que l’analyse de sociologie politique indique, d’une part, que la bascule vers la droite de la population tiens surtout du récit69Vincent Tiberj (2024). « La Droitisation française : Mythe et réalités », PUF., d’autre part que ce sont bien plutôt les 10 % ayant les plus grandes ressources financières qui basculent à l’extrême-droite70Camille Peugny (2026). « Le Triomphe des égoïsmes : Une nouvelle contrainte sociale », PUF., et qui entend lutter contre le RN en validant ses obsessions, lesquelles sont largement erronées71Voir par exemple : Mathieu Burgalassi (2025). « Checkpoint », Blast. Disponible en ligne. – a également régulièrement dénoncé un antisémitisme chez LFI tout en montrant une réelle complaisance sur le sujet envers le RN, en dépit des faits.
Ainsi, la banalisation du RN se fait-elle en refusant de regarder les éléments factuels indiquant qu’il n’a en rien changé, mais aussi en s’appuyant sur une diabolisation de LFI, laquelle tend à se généraliser à tous les partis de gauche.
Un passif dans la banalisation de l’antisémitisme
Voici donc pour une tentative de panorama de l’antisémitisme dans le débat politique français en 2025. Cette situation n’a pas émergé brutalement. Au contraire, je pense qu’il y a une raison de fond, qui nous amène à Nicolas Sarkozy.
Barrès et Jaurès
En effet, lors de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2007, ce dernier a tenté une synthèse pour le moins audacieuse, visant tant à s’attirer les votes des électeurs d’extrême-droite qu’à désarmer la gauche, notamment en déclarant vouloir une France où « Barrès et Jaurès seraient enfin amis »72Gérard Noiriel (2007). « À Quoi sert l’identité nationale ? », éditions Agone.. Ce faisant, il associait Maurice Barrès – figure de proue du nationalisme, antisémite virulent qui a spécifiquement écrit : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race »73Maurice Barrès (1904). « Ce Que j’ai vu à Rennes », éditions Sansotet compagnie., – avec Jean Jaurès – icône du socialisme humaniste, défenseur de la République et aussi d’Alfred Dreyfus. Comme le relève l’historien Gérard Noiriel, mettre sur un pied d’égalité Jean Jaurès (le combat pour la vérité universelle) et Maurice Barrès (le nationalisme d’exclusion) revenait à légitimer les idées xénophobes et antisémites de Maurice Barrès en les intégrant dans le « panthéon républicain ». Ce faisant, Nicolas Sarkozy a explicitement opéré une relativisation historique, ainsi que participé activement à banaliser les positions de l’extrême-droite, mais également à minimiser le danger de l’antisémitisme.
Instrumentaliser Dreyfus
Dans l’ouvrage publié par Nicolas Sarkozy suite à son séjour de 21 jours en prison en 202574Voir par exemple : Franck Johannès (12 novembre 2025). « Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il été emprisonné ? La raison légale de l’incarcération de l’ancien président », Le Monde. Disponible en ligne., ce dernier se compare à Alfred Dreyfus. Je me permets de qualifier cette comparaison d’indécente.
Une indécence face à la nature du préjudice
L’Affaire Dreyfus75Concernant l’Affaire Dreyfus, on peut se référer par exemple à : Jean-Denis Bredin (1993). « L’Affaire », Fayard. n’était pas une simple erreur judiciaire ou un débat sur des financements politiques ; c’était un déchaînement de haine d’État fondé sur l’antisémitisme. En effet, Alfred Dreyfus a été condamné parce qu’il était juif, dans un climat de racisme institutionnel. Il a subi la dégradation publique et des années de bagne dans des conditions inhumaines (l’Île du Diable). En regard, Nicolas Sarkozy est un ancien chef d’État qui a disposé de tous les moyens de défense possibles, qui a été jugé par plusieurs instances indépendantes pour des délits financiers et de corruption et dont les conditions de détention (une vingtaine de jours à l’isolement avec confort relatif) n’ont aucun rapport avec le calvaire d’Alfred Dreyfus76Voir par exemple le dossier de Mediapart sur le financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, disponible en ligne.. L’indécence réside dans la minimisation de la souffrance des victimes de l’antisémitisme pour servir une stratégie de défense personnelle.
Le détournement d’un symbole républicain
L’Affaire Dreyfus est un moment fondateur de la défense des droits de l’homme et de la vérité contre la raison d’État en France. En récupérant ce symbole, Nicolas Sarkozy tente de transformer des délits de droit commun (corruption, trafic d’influence, association de malfaiteurs) en un combat idéologique. Il s’approprie la figure de la « victime innocente persécutée par le système » alors qu’il a été, pendant des décennies, l’un des piliers et des architectes de ce même système (notamment en tant que ministre de l’Intérieur puis Président de la République).
Entretenir la confusion sur les faits historiques
Dans l’Affaire Dreyfus, les preuves étaient des faux manifestes fabriqués par l’armée pour accabler un innocent. Dans les affaires Sarkozy, les condamnations reposent sur des faisceaux d’indices et des preuves matérielles (écoutes téléphoniques, témoignages, factures) validés par des magistrats professionnels à différents niveaux (instruction, appel, cassation). Alfred Dreyfus était un officier dont la loyauté a été remise en cause par l’État, tandis que Nicolas Sarkozy est un civil condamné pour des actes de corruption, ce qui rend l’analogie de la « raison d’État » caduque. Là où Alfred Dreyfus était la victime d’un complot d’État, Nicolas Sarkozy est simplement un justiciable face à la loi.
La dimension politique et le communautarisme de défense
Il y a enfin un problème éthique dans le fait de lier sa propre situation à une persécution religieuse ou raciale. Il y a là une forme de captation d’héritage : en utilisant Alfred Dreyfus, il tente de capter l’empathie liée à l’histoire de l’antisémitisme pour l’appliquer à une élite politique qui refuse de rendre des comptes. Il utilise l’une des pages les plus sombres et les plus douloureuses de l’histoire de France comme un simple outil de « personal branding » ou de communication de crise. Nicolas Sarkozy vide l’Affaire Dreyfus de sa substance (la lutte contre l’antisémitisme et l’arbitraire militaire) pour n’en garder que la posture de la victime. Je pense que les victimes de l’antisémitisme sont légitimes à y voir une insulte à la mémoire historique.
Effacer la spécificité de la haine antisémite
La comparaison utilisée par Nicolas Sarkozy risque de banaliser, voire d’effacer, la spécificité de la haine antisémite.
La dépolitisation de l’antisémitisme
L’Affaire Dreyfus n’est pas qu’une simple erreur judiciaire, c’est le paroxysme d’un système idéologique visant à exclure les juifs de la nation française. En ramenant cette affaire à une simple « persécution d’un homme par des juges », Nicolas Sarkozy évacue la cause structurelle (le racisme et l’antisémitisme) pour ne garder que la forme (le sentiment d’injustice). Il tente de faire croire que n’importe quelle condamnation judiciaire contestée est équivalente à une persécution raciale. Si tout est Dreyfus, alors plus rien ne l’est vraiment.
Le détournement de la victime
L’antisémitisme de la fin du xixe siècle a conduit à la déshumanisation d’Alfred Dreyfus. En s’appropriant ce statut, Nicolas Sarkozy opère une forme de captation de mémoire. Il utilise une tragédie collective liée à une minorité discriminée pour protéger une élite politique puissante. Cela crée une confusion éthique : l’antisémitisme devient une métaphore commode pour les puissants en difficulté, au lieu d’être reconnu comme un crime de haine spécifique.
La relativisation de la souffrance historique
Il y a une disproportion totale entre les faits. Alfred Dreyfus a subi la dégradation (on lui a brisé son sabre devant la foule hurlant « Mort aux juifs ») et la déportation au bagne. Utiliser ce précédent pour parler de trois semaines d’incarcération ou de l’impossibilité de téléphoner facilement (l’un des éléments cités par Nicolas Sarkozy dans son livre) peut être perçu comme une insulte à la mémoire des victimes de l’antisémitisme. Cela tend à minimiser la violence réelle de ce qu’ont subi les citoyens de confession juive en France en la mettant sur le même plan qu’une procédure judiciaire moderne pour corruption.
Un problème de complotisme inversé
Enfin, il y a un risque de confusion sémantique. Nicolas Sarkozy dénonce un « complot » de magistrats (« le mur des cons », « la gauche judiciaire »). Or, l’antisémitisme de l’Affaire Dreyfus reposait précisément sur la thèse d’un « complot juif » imaginaire. En retournant l’accusation de complot pour se défendre, tout en citant Dreyfus, il crée un court-circuit intellectuel qui brouille la compréhension de ce qu’est réellement une persécution idéologique.
Cette récupération est en définitive un exemple de négativisme par équivalence : à force de comparer des situations incomparables, on finit par rendre invisible la haine spécifique qui a frappé Alfred Dreyfus et, plus largement, la communauté juive à cette époque.
Instrumentaliser l’antisémitisme
On le voit : les éléments factuels indiquent que, désormais, bien trop souvent l’antisémitisme n’est plus tant une discrimination contre laquelle il faut lutter qu’une arme de disqualification dont on use sans se soucier des conséquences pour nos concitoyens de confession juive77Voir par exemple : Denis Sieffert (25 juin 2024). « À propos d’un antisémitisme à gauche réel ou supposé », Politis. Disponible en ligne.. S’il ressort que le phénomène s’est intensifié ces derniers temps, en prenant un peu de recul, on constate que c’est un phénomène qui n’a pas débuté récemment. Bien plutôt, il s’agit d’une conséquence d’un mouvement de fond initié depuis une vingtaine d’années. Lequel mouvement s’inscrit désormais dans un mouvement mondial : ainsi, par exemple, il ressort que les services secrets Russe tentent d’instrumentaliser l’antisémitisme pour déstabiliser la société française78Voir par exemple : Laure Pollez et Christophe Barreyre (2022). « L’Europe dans la main de Poutine ? Partie 2 : La guerre de l’information », Arte. Disponible en ligne.. La haine des juifs est en soi problématique, car l’antisémitisme tue79Voir par exemple : Solveig Hennebert (10 janvier 2025). « La solitude des Juifs français face aux attentats et à l’antisémitisme », The Conversation. Disponible en ligne.. Plus encore, son instrumentalisation ne peut rien apporter de bon, pour les juifs bien évidemment, mais aussi pour l’intégralité de la société.
Conclusion : Retrouver la boussole républicaine
Le constat de ce début d’année 2026 est amer : en banalisant l’outrance et en détournant les symboles les plus sacrés de notre histoire, Nicolas Sarkozy n’a pas seulement cherché à sauver sa réputation ; il a contribué à vider le débat public de sa substance éthique.
Pour sortir de cette « ère de l’indignité », je vous propose ces quatre pistes d’antidotes :
1. Revenir aux faits
Toute affirmation définitive sans élément concret est suspecte, à plus forte raison si l’affirmation comporte une forte composante émotionnelle. Pour se défendre contre la confusion, je pense que la première étape est de prendre du recul sur les affirmations sans fondement et refuser de les prendre en compte tant qu’elles n’auront pas été étayées par du factuel. Le présent article constitue, à ce titre, l’un des éléments de ma participation pour tenter d’en revenir aux faits.
2. Pratiquer une « hygiène du langage »
Nous devons refuser la confusion entre la critique politique (légitime), l’erreur de communication (punissable par les urnes) et l’infamie morale (tel que l’antisémitisme). Rendre leur sens aux mots, c’est participer à lever un problème essentiel du débat public actuel : le flou.
3. Abandonner le storytelling pour en revenir à l’Histoire
L’Affaire Dreyfus appartient à la mémoire collective, pas à la stratégie de défense d’un justiciable. Aucun dirigeant ne devrait pouvoir se grimer en martyr sans susciter une réprobation immédiate et unanime. La République n’est pas un catalogue de costumes dans lequel on puise pour masquer ses propres failles.
4. Exiger l’éthique de la responsabilité
C’est une exigence citoyenne envers les dirigeants : la responsabilité. Celle d’assumer ses actes devant la justice sans chercher à entraîner les institutions dans sa propre chute.
Vers une seconde partie : La dissolution de la droite dans l’extrême-droite et comment reconstruire le socle
L’analyse du détournement de l’accusation en antisémitisme n’était que la première étape. Dans le second volet de cette étude, je reviendrais sur l’historique de la dissolution de la droite dans l’extrême-droite et vous proposerais des pistes pour la contrer. Parce que cette indignité n’est pas une fatalité, mais un choix, un calcul politique dont nous subissons aujourd’hui le contrecoup, que nous pouvons, collectivement, refuser.
Mise à jour le 21 janvier 2026 : ajout du cas d’Yves Boutellier, du rôle du Printemps républicain et d’une référence concernant l’antisémitisme à gauche. Mise à jour de l’introduction et de la conclusion.
Notes
| ↑1 | Nicolas Sarkozy (2025). « Le Journal d’un prisonnier », Fayard. |
|---|---|
| ↑2 | INA (16 octobre 2020). « « Quelle indignité » : Nicolas Sarkozy s’en prend à David Pujadas et Ziad Takieddine dans l’affaire du financement de sa campagne ». Disponible en ligne. |
| ↑3 | Voir par exemple : Les Décodeurs (26 novembre 2025). « Où en sont les affaires concernant Nicolas Sarkozy ? », Le Monde. Disponible en ligne. |
| ↑4 | Voir par exemple : Philippe Marlière (14 mars 2025). « LFI et l’accusation d’antisémitisme : un faisceau d’indices accablants », Le Nouvel Obs. Disponible en ligne. |
| ↑5 | Voir par exemple : Anthony Berthelier (26 mars 2025). « Le Front national n’était « pas un parti antisémite », juge Sébastien Chenu, malgré l’évidence », Huffpost. Disponible en ligne. |
| ↑6 | Voir par exemple : Ouest-France (13 juin 2024). « Législatives 2024. Joseph Martin, candidat RN dans la 1re circonscription ». Disponible en ligne. |
| ↑7 | Voir par exemple : Le Parisien et AFP (19 juin 2024). « Législatives : le RN retire l’investiture à un de ses candidats après un tweet antisémite ». Disponible en ligne. |
| ↑8 | Voir par exemple : Ouest-France (19 juin 2024). « Législatives : dans le Morbihan, le RN retire son soutien à Joseph Martin après un tweet antisémite ». Disponible en ligne. |
| ↑9 | Voir par exemple : Julie Schittly (22 juin 2024). « Législatives : Le Rassemblement national réhabilite son candidat morbihannais taxé d’antisémitisme », Ouest-France. Disponible en ligne. |
| ↑10 | Voir par exemple : Sébastian Seibt (3 juillet 2024). « Prise d’otage, curatelle et propos racistes : les encombrants candidats RN aux législatives », France 24. Disponible en ligne. |
| ↑11 | Voir par exemple : Arthur Weil-Rabaud (19 juin 2024). « « Juif qui parle, bouche qui ment » : Louis-Joseph Pecher, le candidat antisémite de Ciotti et du RN », Streetpress. Disponible en ligne. |
| ↑12 | Voir par exemple : Simon Fontvieille (4 juillet 2024). « Frédéric Boccaletti, ce député sortant RN qui vendait des livres antisémites dans les années 90 », Libération. Disponible en ligne. |
| ↑13 | Voir par exemple : La Montagne (2 juillet 2024). « “J’ai comme ophtalmo un juif et comme dentiste un musulman” : une candidate RN répond à des accusations de racisme ». Disponible en ligne. |
| ↑14 | Pierre Bafoil (2 juin 2025). « Dans un groupe Facebook, de l’antisémitisme, du racisme… et neuf députés RN », Les Jours. Disponible en ligne. |
| ↑15 | Pierre Bafoil (12 juin 2025). « Racisme débridé et députés RN : bienvenue dans le groupe Facebook officiel « Jordan Bardella » », Les Jours. Disponible en ligne. |
| ↑16 | Voir par exemple : Bastien Lœuillot (12 décembre 2025). « « Brebis galeuses » : Quinze députés RN épinglés pour leur appartenance à un groupe Facebook raciste, la justice saisie après une enquête des « Jours » ». Libération. Disponible en ligne. |
| ↑17 | Voir par exemple : Pierrick Bonno (16 juin 2025). « La direction du groupe RN à l’Assemblée nationale demande aux députés de quitter des groupes Facebook épinglés pour racisme », France Info. Disponible en ligne. |
| ↑18 | Voir par exemple : AFP (17 juin 2025). « Le RN a demandé à ses députés de quitter tous les groupes Facebook relayant des propos racistes », France 24. Disponible en ligne. |
| ↑19 | Alexandre Berteau, Youmni Kezzouf et Antton Rouget (13 décembre 2025). « Dans les arrière-cuisines d’Alain Soral : des bataillons de négationnistes et le directeur de cabinet de Bardella », Mediapart. Disponible en ligne. |
| ↑20 | Voir par exemple : France info avec ICI Nord (18 juin 2025). « La députée RN Caroline Parmentier épinglée pour ses propos racistes, homophobes et pétainistes sur Facebook ». Disponible en ligne. |
| ↑21 | Alexandre Berteau, Marine Turchi, Antton Rouget et Youmni Kezzouf (2 décembre 2025). « L’éternel retour de la « GUD connection » dans les affaires du RN », Mediapart. Disponible en ligne. |
| ↑22 | Voir par exemple : Jeanne Durieux (26 juin 2024). « Qu’est-ce que le GUD, ce groupuscule d’ultradroite dissous par le gouvernement ? », Le Figaro. Disponible en ligne. |
| ↑23 | Voir par exemple : Léa Gousset (17 décembre 2025). « Un candidat RN aux municipales 2026 à Belfort épinglé pour des propos racistes et homophobes », France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Disponible en ligne. |
| ↑24 | Voir par exemple le dossier « Rassemblement national : les faux-semblants de la dédiabolisation », disponible en ligne chez Mediapart. |
| ↑25 | Voir par exemple : Nicolas Scheffer (11 juin 2025). « Le RN, allié des homos ? Une propagande démentie par les faits », Têtu. Disponible en ligne. |
| ↑26 | Voir par exemple : Mediapart (18 juin 2024). « Émission spéciale. Si le RN accède au pouvoir… », Youtube. Disponible en ligne. |
| ↑27 | Voir par exemple : Thibaut Le Gal (7 juillet 2005). « RN : Jordan Bardella a-t-il vraiment chassé les « brebis galeuses » du parti, un an après l’échec des législatives ? », 20 Minutes. Disponible en ligne. |
| ↑28 | Voir par exemple : Romain Herreros (16 décembre 2025). « Aux municipales 2026, le RN a toujours du mal à se séparer des « brebis galeuses » », Huffpost. Disponible en ligne. |
| ↑29 | Voir par exemple : Clément Viktorovitch (3 décembre 2025). « Bardella : comment un œuf nous révèle la banalisation du RN », Youtube. Disponible en ligne. |
| ↑30 | Voir par exemple : V.G. (premier avril 2025). « “Vous, fermez-la”, “vous n’êtes personne” : violent échange entre le député RN Julien Odoul et un avocat sur un plateau de télévision », La Dépêche. Disponible en ligne. |
| ↑31 | Youmni Kezzouf (10 novembre 2025). « « Collabo ! », « Folle ! », « Va manger des graines ! » : un an d’invectives du député RN Laurent Jacobelli à l’Assemblée », Mediapart. Disponible en ligne. |
| ↑32 | Voir par exemple : Jade Toussay (6 décembre 2025). « Gérault Verny, député ciottiste, épinglé par Mediapart pour ce compte caché raciste et sexiste », Huffpost. Disponible en ligne. |
| ↑33 | Voir par exemple : France Info avec AFP (2 juin 2024). « Jean-Luc Mélenchon estime que “l’antisémitisme reste résiduel en France” ». Disponible en ligne. |
| ↑34 | Vie publique (5 mai 2025). « Montée de l’antisémitisme en France : une situation “alarmante” ». Disponible en ligne. |
| ↑35 | Vie publique (14 mars 2025). « Crimes et délits racistes, xénophobes ou antireligieux : en hausse de 11 % en 2024 ». Disponible en ligne. |
| ↑36 | Voir par exemple : AFP (26 août 2025). « Mélenchon reconnaît “une montée de l’antisémitisme” en France », France 24. Disponible en ligne. |
| ↑37 | Voir par exemple : Emilio Meslet (13 mars 2025). « La France insoumise s’explique après le retrait d’un visuel jugé antisémite », L’Humanité. Disponible en ligne. |
| ↑38 | Voir par exemple : France Info avec AFP (21 mars 2025). « Affiche visant Cyril Hanouna : La France insoumise condamnée pour atteinte au “droit à l'image”». Disponible en ligne. |
| ↑39 | Voir par exemple : Cole Stryker et Mark Scapicchio. « Qu’est-ce que l’IA générative ? », IBM. Disponible en ligne. |
| ↑40 | Voir par exemple : James Holdsworth. « Qu’est-ce que le biais de l’IA ? », IBM. Disponible en ligne. |
| ↑41 | Voir par exemple : Rebecca Picciotto (5 novembre 2023). « Elon Musk debuts ‘Grok’ AI bot to rival ChatGPT », CNBC. Disponible en ligne. |
| ↑42 | Voir par exemple : Clément Viktorovitch (24 janvier 2025). « Elon Musk : derrière le geste, des années à cajoler les fascistes», Youtube. Disponible en ligne. |
| ↑43 | Voir par exemple : Emma Ramont (8 juillet 2025). « Elon Musk a mis à jour Grok pour que l’IA lui ressemble, et c’est plus terrifiant que jamais », Huffpost. Disponible en ligne. |
| ↑44 | Voir par exemple : Frédéric Bordage (15 août 2024). « Quels sont les impacts environnementaux de l’IA ? », Green IT. Disponible en ligne. |
| ↑45 | Voir par exemple : Maxance (23 février 2025). « L’impact de l’intelligence artificielle sur la société », Micropole Institut. Disponible en ligne. |
| ↑46 | Voir par exemple : Eléonore Pointeau (10 janvier 2026). « Antisémitisme : LFI exclut une de ses têtes de liste pour les municipales », Le Point. Disponible en ligne. |
| ↑47 | Le communiqué est toujours disponible en ligne. |
| ↑48 | Amnesty international a réalisé une très bonne présentation du sujet. |
| ↑49 | Voir par exemple : Jacques Pezet (10 octobre 2023). « Peut-on qualifier les actes commis par le Hamas de « crimes de guerre » ? », Libération. Disponible en ligne. |
| ↑50 | Voir par exemple : Clara Gisset (8 octobre 2024). « Un « massacre », un « acte terroriste » : LFI rend (enfin) hommage aux victimes du Hamas », Le JDD. Disponible en ligne. |
| ↑51 | Voir par exemple : France info et AFP (8 octobre 2023). « Attaque du Hamas contre Israël : la position de La France insoumise crée la polémique, Elisabeth Borne dénonce des “ambiguïtés révoltantes” ». Disponible en ligne. |
| ↑52 | Voir par exemple : Jean-Paul Gautier (23 janvier 2014). « Dieudonné est l’héritier de deux antisémitismes, et cache cet antisémitisme derrière un antisionisme », Solidarités. Disponible en ligne. |
| ↑53 | Voir par exemple : Le Monde avec AFP (27 novembre 2019). « Dieudonné condamné à 9 000 euros d’amende pour antisémitisme ». Disponible en ligne. |
| ↑54 | Voir par exemple : Claude Beda (11 septembre 2025). « Loin de son refuge suisse, Alain Soral prend 1 an ferme », 24 Heures. Disponible en ligne. |
| ↑55 | Voir par exemple : Antoine Belhassen et Fleur De Bœr (14 décembre 2024). « “Un droit à la liberté de réunion et d’expression” : la conférence de Rima Hassan a pu se tenir à Grenoble, malgré les demandes d’interdiction », France 3. Disponible en ligne. |
| ↑56 | Voir par exemple : Antonio Delfini et Julien Talpin (2025). « L’État contre les associations », éditions Textuel. |
| ↑57 | Voir par exemple : France Info (3 janvier 2024). « Que sont les “dragons célestes”, qui valent au député LFI David Guiraud d’être accusé d’antisémitisme ? ». Disponible en ligne. |
| ↑58 | Voir par exemple : Baptiste Farge (24 mars 2025). « “Un antisémitisme d’atmosphère” : Bardella dénonce un “péril de l’extrême gauche” après l’agression du rabbin d’Orléans », BFMTV. Disponible en ligne. |
| ↑59 | Félicien Faury (2024). « Des Électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême-droite », Seuil. |
| ↑60 | Voir par exemple : Clément Guillou (12 décembre 2025). « Les liens se resserrent entre le RN et la galaxie Bolloré, de l’Assemblée nationale à la villa Montmorency », Le Monde. Disponible en ligne. |
| ↑61 | Voir par exemple : Vanessa Abadie (3 décembre 2025). « “Quoi de n-œuf ?” : quand Jordan Bardella ironisait à propos d’un jet d’œuf sur Emmanuel Macron », La Dépêche. Disponible en ligne. |
| ↑62 | Voir par exemple : Éloïse Bussy (6 octobre 2025). « Colis piégé : le député Manuel Bompard a été visé par une attaque, l’envoi devait arriver à l’Assemblée nationale », France 3 Provence-Alpes-Côtes d’Azur. Disponible en ligne. |
| ↑63 | Voir par exemple : Clément Viktorovitch (21 décembre 2025). « 5 ARGUMENTS contre le RN pour RETOURNER les dîners de famille », Youtube. Disponible en ligne. |
| ↑64 | Johann Chapoutot (2025). « Les Irresponsables », éditions Gallimard. |
| ↑65 | Voir par exemple : Jean-François Bayart (8 mai 2023). « Où va la France ? », Le Temps. Disponible en ligne. |
| ↑66 | Voir par exemple : Clément Viktorovitch (2025). « Logocratie », Seuil. |
| ↑67 | Voir par exemple : Jean-François Bayart (premier juillet 2023). « On sait mieux où va la France », Le Temps. Disponible en ligne. |
| ↑68 | Voir par exemple : Hugo Boursier et Pierre Jequier-Zalc (11 septembre 2024). « Le Printemps républicain et ses alliés, ceux qui ont fait le lit de l’extrême droite », Politis. Disponible en ligne. |
| ↑69 | Vincent Tiberj (2024). « La Droitisation française : Mythe et réalités », PUF. |
| ↑70 | Camille Peugny (2026). « Le Triomphe des égoïsmes : Une nouvelle contrainte sociale », PUF. |
| ↑71 | Voir par exemple : Mathieu Burgalassi (2025). « Checkpoint », Blast. Disponible en ligne. |
| ↑72 | Gérard Noiriel (2007). « À Quoi sert l’identité nationale ? », éditions Agone. |
| ↑73 | Maurice Barrès (1904). « Ce Que j’ai vu à Rennes », éditions Sansotet compagnie. |
| ↑74 | Voir par exemple : Franck Johannès (12 novembre 2025). « Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il été emprisonné ? La raison légale de l’incarcération de l’ancien président », Le Monde. Disponible en ligne. |
| ↑75 | Concernant l’Affaire Dreyfus, on peut se référer par exemple à : Jean-Denis Bredin (1993). « L’Affaire », Fayard. |
| ↑76 | Voir par exemple le dossier de Mediapart sur le financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, disponible en ligne. |
| ↑77 | Voir par exemple : Denis Sieffert (25 juin 2024). « À propos d’un antisémitisme à gauche réel ou supposé », Politis. Disponible en ligne. |
| ↑78 | Voir par exemple : Laure Pollez et Christophe Barreyre (2022). « L’Europe dans la main de Poutine ? Partie 2 : La guerre de l’information », Arte. Disponible en ligne. |
| ↑79 | Voir par exemple : Solveig Hennebert (10 janvier 2025). « La solitude des Juifs français face aux attentats et à l’antisémitisme », The Conversation. Disponible en ligne. |